Initiale

Une femme, une terre, un souffle...

29 juillet 2005

Absence

Le temps d'un déménagement, de retrouver un ordinateur et une ligne adsl...

         quelques jours de silence....

            à bientôt

Alix

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28 juillet 2005

Inaccompli

Je saigne.
Du lieu de mon péché, du lieu de ma faute, je saigne.
Mon sexe de femme saigne, rien ne semble pouvoir arrêter le flux.
Sexe inaccompli.
Sexe mort, sexe tué avant même d'avoir vécu.
Il me parle de mutilation - non, c'est moi qui dis mutilation, lui il a dit opération.
Oui, j'ai envie qu'on me mutile. J'ai envie qu'on me le retire cet utérus et qu'on en parle plus.
Et j'ai envie de gueuler, gueuler parce que j'en ai marre d'être là où j'en suis. Marre, marre de ce sexe qui saigne. Marre de cette blessure inguérissable qui, à chaque tournant de ma vie, se remet à vif. Je crois l'oublier et elle revient, toujours aux moments de douleur. Alors, qu'on me mutile, oui, qu'on me mutile et on n'en parle plus. Rayé, rayé de la carte ce sexe qui ne m'a servi qu'à être mère, jamais à être femme. Rayée, effacée la faute, le péché. Cette merde d'inceste. Mutilation et comme ça l'enfer du sado-masochisme est extirpé : merci docteur ! vous m'avez sauvé la vie !
Il prend toute la place dans mon ventre cet utérus maudit . On me croirait enceinte de 5 mois. Ce n'est pas moi qui attends quelque chose. C'est l'enfer qui m'attend sournoisement à chaque coin de ma vie. Et il pèse, il pèse. Ça pèse lourd le péché. Ça pèse lourd le tourbillon de l'enfer. Mutilez, mutilez, qu'il ne reste rien. Que tout soit oublié définitivement.
La paix, s'il vous plaît. Amputée mais en paix.
Pourquoi, pourquoi la vie s'acharne ainsi ?
Pourquoi ça ne pouvait pas s'éteindre normalement - 50 ans - ménopause- et on passe à autre chose...ou on continue sans se poser de questions.
Et non, il fallait que l'écueil me soit présenté. Qu'une fois de plus la blessure soit ravivée.
Je vais être mutilée et ça sera fini ? Mais non, je n'y crois pas. La vie recelle d'une imagination sans borne pour sans cesse me faire rechuter au même endroit.
Je saigne et je voudrais que ça s'arrête là, comme ça, naturellement.
La vie, s'il te plaît, un cadeau, là, tout de suite, avant même que j'ai à me poser des questions, avant même que j'ai à remuer ciel et terre pour comprendre, avant même que j'aille une fois encore extirper le mal du tréfonds de moi-même. Tu sais la vie combien ça fait mal d'extirper le mal. Alors, s'il te plaît, épargne moi cette fois-ci. Épargne moi et laisse moi intacte. Comme ça, gratuitement, sans que j'ai à me battre une fois de plus pour conserver mon intégrité. Mais c'est jamais gratuit avec toi la vie. Il faut toujours payer, même pour le mal qu'on a pas fait, même pour le mal qu'on a subi.
La vie, un peu de paix, s'il te plaît, un peu de paix. Un peu de repos à la place de la lutte.

FOUS MOI LA PAIX LA VIE ET LAISSE MOI INTACTE

Alix

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27 juillet 2005

L'inachevé

Je relis mon texte d'hier et je ne suis pas satisfaite.
Je l'ai écrit dans les brumes de la fatigue après une nuit amère et sans sommeil.
Il est resté inachevé...
Il le restera inévitablement...
Le texte de Franck, lundi, "Alors j'écris...j'écris..."
Il y a des textes comme ça. Ils font plus que frapper à la porte du coeur.
On laisse entrer les mots et ils viennent bousculer.
On ne sait pas encore ce qu'ils viennent bousculer, parce qu'ils sont entrés en nous, directement au plus secret de nous-même.
Alors on part là-bas, là-bas loin, tout fond de nous-même, tout au bout des couloirs...
On sait que quelques poussières d'étoiles viennent de se déposer, alors on part se recueillir, les mains grandes ouvertes, oui, Franck, les mains grandes ouvertes.
"Alors j'écris...j'écris..."
J'ai médité ce texte en roulant dans la nuit vers le petit d'homme qui venait de voir le jour (...euh...non...la nuit...). Je méditais et je me disais que c'était un texte pour l'attente.
Dans le jour, j'ai lu et relu...
"Vous comprenez moi je ne suis pas intelligent, j'essaye seulement de survivre. Et je vous garantis que ça fait mal parfois de survivre. Vous comprenez, moi je n'écris pas avec ma tête, j'écris avec ce qui me reste de vie."
Elle a traversé toutes les carapaces cette parole.
"...j'écris avec ce qui me reste de vie."
Elle a traversé toutes les carapaces et éclaire d'un jour nouveau tout ce que j'avais lu de Franck jusqu'à aujourd'hui. Elle vient donner à ses textes une densité nouvelle. Elle est comme un terreau où s'enracine la parole, pour lui donner du poids.
J'avais cru entendre Franck, il manquait une dimension à mon écoute.
"...j'écris avec ce qui me reste de vie."
Que serait de devenue cette parole après avoir traversé mon oreille, si je n'avais pas fait un pas de côté ( de côté, Franck, ou plus vers le coeur ?) pour entendre "...Notre marche est ferme et dans la lumière.."

Ton texte, Franck, ouvre sur l'incertitude.
J'écoute...mais qu'est-ce que j'entends ?
Je crois comprendre...je crois seulement...
Et quand je parle, qu'est-ce que je dis, qu'est-ce qui se dit ?
Et puis, d'où vient la lumière ? Que serait la lumière sans les ténèbres ? et ça fait mal de dire ça, je voudrais tellement éteindre les ténèbres et je ne peux que les étreindre.
Bien sûr, on se le pose tous plus ou moins ces questions...plus ou moins...
Ton texte invite à l'éveil.
Ton texte dit la douleur de celui qui n'est pas entendu :
"Il faut des années, des années de souffrances, d'absence, de renoncement, pour fabriquer un misérable rayon de lumière"...."Et une seconde pour que le vent l'emporte. Une seconde pour l'éteindre."

Le jour...
La nuit...
L'écoute...
L'entente...
La parole...
...et la rencontre ?...la rencontre est-elle possible ?

Alors moi aussi j'écris, j'écris...avec ce qui me reste de vie.

Merci Franck pour la bousculade.

Alix

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La douleur de l'écriture

En fait, il faut que je vous dise, je ne sais pas écrire. Je parle. Je sais parler, je parle bien. Les paroles sont légères, elles en disent si peu. Elles s'envolent et disparaissent on ne sait où. Enfin, on croit qu'elles disparaissent...
On m'écoute et on me dit "tu devrais écrire". Pendant des années, je reste devant une page blanche. Je sais, au fond de moi, ce que j'ai à dire, mais rien ne vient. Les mots, les vrais, ceux qui viennent du fond des tripes et qui sont dans le chaos ; les mots ne traversent pas ma bouche. Je me dis que quelque chose est à jamais perdu puisque la parole, la vraie ne s'énnonce pas.
Que se passe-t-il aujourd'hui ? Je suis entrée dans le temps de l'écriture.
Rien ne s'est perdu. Tout est resté enclos en moi.
Un à un les mots vont s'arracher de moi.
Un à un ils vont venir dire mon enfer, ma perdition, mes égarements.
Un à un les mots vont me dénuder, me dépouiller.
Et c'est de là, de mon endroit le plus fragile - c'est de là, dans la fragilité de ma nudité que l'autre va venir me lire.
Je parle parce que ça m'est nécessaire.
Toute parole énoncée est vaine si elle n'est pas entendue.
Tout oser, jusqu'à prendre le risque de n'être pas entendue.
Et que diront les silences ? De quoi seront habités les silences ?
Me déposséder de ma parole. L'abandonner.
Quand elle atteint l'oreille ou le coeur de l'autre, ma parole n'est plus ma parole.
Douleur de voir cette parole que j'ai voulu dire et qui se déforme, se tord une fois énoncée et écoutée.
Douleur à réception des résonnances, des échos, des cris qu'elle suscite, alors qu'elle est déjà perdue parce que défaite.

Parler et attendre l'instant d'une perle rare quand, enfin, la parole, ma parole est entendue pour ce qu'elle est.

Alix

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26 juillet 2005

Faut pas fermer les fenêtres à clé

Elle moche, grosse et elle pue.
Son sac à main, c'est un sac plastique de supermarché. Il est précieux son sac, elle ne le quitte pas. Parfois, elle fouille dedans et sort un papier qu'elle nous tend : elle sait qu'on aime les papiers, elle veut nous faire plaisir.
Elle est folle aussi. Enfin...bizarre...et épileptique.
Elle boit du rouge, du gros rouge qui tâche. Pas trop. Juste un peu, pour l'amitié. Des fois, elle nous le dit, quand elle est contente : "tiens ! t'es ma copine toi, si tu veux, passes à la maison, je te payerais un coup de Père Benoît".
Quand je la vois, j'ai une bouffée de tendresse qui m'envahit.
Elle dit que chez elle, c'est la maison du bonheur. Elle dort avec son chien, pour la compagnie. Elle élève des poussins dans sa baignoire "tu comprends dans la salle de bains, il fait chaud". Oui, moi je comprends, on comprend ici ; mais les quelques autres, vous savez les gens sérieux qui protègent les enfants. Ils disent que ce n'est pas sérieux, qu'il faudra lui retirer son enfant à la naissance. Ils savent eux, ils ont vu chez elle. C'est sale et c'est à la campagne.
Et nous, nous disons, que si elle sait prendre soin de ses poussins, elle saura prendre soin de sa fille. C'est pareil, non ? Et le coeur, la tendresse, on s'en fiche de ça ? mieux vaut regarder la crasse ? la regarder la crasse et en rajouter avec une grimace dégoûtée.
Ca fait des années qu'elle attend sa fille. Adolescente, elle s'est sauvée de chez elle. Elle est bavarde, mais elle parle peu. Elle dit : ça vous ferait peur. Elle a été routarde, elle s'est fait violer, tabasser...le monde de la rue n'est pas tendre. Alors la tendresse, elle l'a blotti au fond de son coeur et avec sa tendresse, elle a attendu sa fille, ça devait être une fille. Elle attend sa fille depuis des années. Elle s'appelle Hélène sa fille. Depuis des années, sa fille s'appelle Hélène.
Elle vient souvent nous voir. A cause de l'épilepsie. Et puis aussi, parce qu'on est ses copines, c'est ce qu'elle dit. Alors elle vient, elle a toujours un prétexte, c'est facile avec l'épilepsie.
Comme ce soir, elle est venue, avec les pompiers : j'en ai peut-être fait une, je ne m'en rappelle plus. Elle est contente de rester passer la nuit ici. Elle bavarderait bien un peu...enfin...un peu...plutôt beaucoup. Mais ce soir, on a pas le temps, du monde partout et seulement 1 chambre libre.
Je l'accompagne tout là-bas, loin, si loin de nous, tout au fond du couloir de cette immense maternité. Elle s'installe dans la chambre que je lui ai désignée. Je coupe court aux bavardages - pas le temps, vous comprenez - et repart loin là-bas où tant de monde m'attend.
Je suis à peine arrivée, le téléphone sonne, c'est elle. Paniquée. "Je ne peux pas rester ici, la fenêtre est fermée à clé". J'essaie de la raisonner, en vain, la panique augmente. Elle menace de partir, comme ça, toute seule à pied dans la nuit. Alors je lui dit "j'arrive" et je repars là-bas, tout au fond du couloir, là-bas, si loin. Alors qu'ici tout le monde m'attend. Je pars là-bas, un peu agacée par son caprice pour me retenir auprès d'elle. Enfin, c'est ce que je crois.
Elle m'explique "vous comprenez, c'est impossible de rester ici, il me faut une issue pour me sauver au cas où". Ma raison parle "vous n'allez pas vous sauver par la fenêtre, vous avez une porte, laisser votre porte ouverte si vous voulez. De toute façon, c'est la dernière chambre, toutes les autres sont prises". Elle insiste "je sais que je vous embête, mais votre porte elle est pas sur le dehors, je veux de l'air, je veux l'air du dehors pour savoir que je peux partir, que je peux me sauver, s'il faut. Vous inquiétez pas, je ne sauterai pas par la fenêtre. Je veux juste l'air du dehors, sinon j'ai peur. Vous comprenez ?" Silence. Alors, elle ajoute d'un air dépité "vous ne me comprenez pas". Si, je viens juste de comprendre. Je n'ai pas tout compris, seulement que pour elle, là, tout de suite, c'était vital. J'ai compris. Et je crois qu'on a des étoiles toutes les deux dans les yeux à ce moment là. Alors tant pis pour tous les autres là-bas qui attendent. On déménage, transport de lits dans le long couloir, pour l'accueillir dans une chambre réservée mais pas encore occupée. Là-bas, de l'autre côté, il faudra en plus que je prenne le temps de le dire à l'ordinateur, le changement de chambre.

Voilà, j'avais envie de vous raconter cette histoire aujourd'hui. A cause du texte de Franck, hier.
Ce jour-là, il s'en est fallu de peu pour que je n'entende pas, pour que je ne comprenne pas. Que je ne comprenne pas quelque chose d'essentiel, de vital.
Combien de fois n'ai-je pas entendu ? Combien de fois, suis-je passée à côté d'un cri du coeur ? Ils sont si ténus parfois...et moi, si préoccupée...

Alix

Il faut que je vous dise, les gens sérieux nous ont écouté : ils lui ont laissé sa fille. Quand les gens sérieux parlent aux gens sérieux, ils s'entendent.

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25 juillet 2005

Oubli

Aujourd'hui c'est jour de pain.

Lorsque je me suis levée ce matin à 3 heures, j'ai pensé à elles. Grandes marées et petite tempête, un petit d'homme allait sûrement s'annoncer.
J'ai commencé à pétrir, toujours dans le tumulte de mes pensées. Le pain, comme la terre, supporte tout.
La première m'a appelée à 7 heures pour me dire les prémices du travail.
Je me suis quittée, et je suis partie à sa rencontre par la pensée. J'ai reparcouru le chemin fait ensemble. J'ai imaginé qu'elle allait attendre. Attendre que son homme soit là.
Mes gestes se sont condensés, une certaine hâte s'est installée pour libérer le temps, pour ouvrir le temps où il n'y aura plus que l'attente.
La seconde m' a appelée à 17 heures. Elle est en train de vivre son rêve : elle est partie à la plage se baigner, elle avait envie de vivre les premières contractions dans l'eau de mer. La mer, c'est son élément.

Où est mon  tumulte ? Où sont tous ces mots qui s'accumulaient et que j'avais tant besoin de déverser ? Dans un repli de moi-même, ils attendent leur propre temps.

Alix

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24 juillet 2005

Les portes de l'enfer

Aujourd'hui, je ne veux pas savoir. Je ne veux pas savoir s'il y a un repas à préparer, une vaisselle à laver, un mari ou une fille à écouter.
Aujourd'hui, je peux me le permettre, plus personne ne dépend de moi, les enfants sont grands et autonomes.

"J'ai envie de dire, si tu me le permets : entre pisser et jouir se trouve l'espace étroit par lesquels la lumière va passer".
Je te le permets Franck, je te le permets d'autant plus fort que tu as la délicatesse, avant de poser tes mots, de m'en demander la permission. Tu le sais, Franck, personne n'a le droit de dire une chose pareille sans demander la permission. Parce que personne n'a le droit de pénétrer dans l'intimité de quelqu'un sans d'abord frapper à la porte. Personne, pas même une mère. Surtout pas dans ce lieu-là, sinon c'est du viol. Personne ne m'a jamais demandé la permission. Seule solution, ériger des murs pour me protéger. Maçon, c'est fatigant et ça enferme dans la solitude. La solitude ou le viol, est-ce un choix ?
Un mur s'écroule pour laisser entrer ta parole - pour me laisser pénétrer par elle. Et ta parole est comme une coulée de miel sur ma blessure : douceur et cicatrisation.
Et pourtant, elle est dure ta parole.
Franck, je crois que tu sais qu'entre pisser et jouir c'est d'abord l'enfer rien que l'enfer. Et au coeur de l'enfer, la lumière n'a aucune place. L'enfer demande à être traversé entier, sans connaître la lumière, sans espoir de lumière.
Je veux me plonger au coeur de l'enfer, au coeur de moi-même.
Entre pisser et jouir, Franck, un jour s'est ouvert pour moi la porte d'un monastère.
Entre pisser et jouir, ce sont ouvertes les portes de l'enfer.
Un jour, elles se sont refermées, mal refermées, la traversée était inachevée.

Novembre 1993. Trois ans et demi que je me suis séparée de mon mari et que j'élève mes quatre enfants seule. Trois ans et demi déjà que je me suis lancée dans des études supérieures, moi qui n'ai même pas le bac.
Je suis inondée de fatigue. Je rame au milieu d'un océan d'épuisement, je rame dans le froid et les vents contraires. J'ai oublié d'où je viens. J'ai oublié où je vais. Je rame et je fais confiance. Je rame et je sais qu'en d'autres temps, je connaissais et l'origine et la destinée.
Je cherche un refuge pour quelques instants de repos - seulement quelques instants, pour ne pas m'endormir, pour ne pas oublier ma destinée, pour ne pas sombrer dans l'épuisement et garder la force de ramer jusqu'au bout.
J'entre dans ce monastère. Les psaumes me portent. La musique des psaumes, la parole des psaumes me portent.
J'entre dans ce monastère lessivée par la vie, lessivée par les échecs affectifs.
J'entre dans ce monastère et il m'accueille : c'est le frère hôtelier. Il m'accueille comme il accueille toutes les femmes comme moi qui viennent se réfugier ici.
Il est beau le frère Louis-Marie. Il a du charme et de la sensualité et de la tendresse à revendre...enfin de la tendresse...j'en reparlerai. Il guette Louis-Marie, il guette ses victimes, il guette sa proie et prend son temps : il a l'éternité devant lui, l'éternité de l'enfer.
Peu importe nos piètres ébats amoureux, là n'est pas la question - ou si peu. Seulement - mais ce n'est pas rien et c'est peut-être là le coeur de l'enfer - seulement pour détruire, dilapider cet espace sacré - sacré mais déjà souillé. Seulement pour ajouter de la souillure à la souillure. Peut-être même surtout pour ça.
Frère Louis-Marie est omniprésent, il vient frapper à ma porte plusieurs fois par jour, frappe et refrappe, insiste jusqu'à ce que, lasse, je cède. Il m'enserre dans les filets de ses paroles fielleuses et m'entraîne au fond du gouffre.
La charpente de ma maison est solide, la corde aussi, c'est facile de se pendre. Plus facile que de vivre. Ce n'est même pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette entre moi et le suicide - ça peut lâcher à tout moment. Mes quatre enfants ne tiennent plus que dans cette mince épaisseur, et seulement eux.
Il n'y a plus que ça, le gouffre et la fragile épaisseur de mes enfants et les psaumes qui résonnent malgré tout.

C'est tout pour aujourd'hui. Je suis épuisée. Je vais dormir.

Alix

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J'appelle le déchaînement

Malaise hier.
Besoin d'écrire et prise par le cortège des obligations, piégée par les présences dans la maison qui me parasitent.
J'ai hâte d'être en solitude.

Tumulte en moi.
Je le verrouille.
Je n'aime pas que ça sorte.
Si j'exprime, je suis coupable.
Parfois la soupape laisse échapper un souffle - comme sur le blog de Franck, vendredi - je m'en veux.
J'étouffe vite le souffle...alors j'étouffe.
Je veux m'éviter la souffrance du tumulte énoncé ou posé sur une page.
Je veux m'éviter la souffrance du tumulte posé là devant moi.
Alors j'enferme le tumulte...et je souffre.
Je voudrais être aimée en entier et m'amputes moi-même d'une part de moi-même...et regrette de n'être pas aimée.
J'ai peur, terriblement peur du jugement.
Peur de l'injonction de me taire.
Je ne veux plus en rester là.
Je ne peux plus en rester là, parce que j'étouffe, j'en crève.
Je veux pouvoir me regarder dans un miroir.

ME REGARDER, MOI, DANS UN MIROIR et ME SUPPORTER - ENTIÈRE.

D'ailleurs, je n'ai pas de miroir chez moi.
Je n'en ai jamais eu -sauf de tout petits pour me coiffer.
Je veux pouvoir me mettre à nu, me dépouiller et peu importe qu'on m'aime où qu'on ne m'aime pas.
Je veux habiter la solitude primordiale.

ÊTRE ENTIÈRE

Je veux déchaîner ma parole.
J'ai cru éviter la souffrance en me taisant.
J'ai parlé une fois - un tout petit peu - du fond de mon enfer.
Je me suis arrêtée en chemin.
Du fond de mon enfer, j'ai reçu les jugements des "hommes de Dieu" et leur injonction de me taire.
Il est vrai que ceux-là sont du côté du ciel et du côté du silence.
Du fond de mon enfer, j'ai parlé à mes amis - un tout petit peu - ils ont entendu et sont toujours mes amis.

Je veux déchaîner ma parole.
Je lis Angeline depuis plusieurs semaines.
Angeline parle. Angeline se donne la liberté de parole.
Angeline dit des horreurs et Angeline est debout.
Angeline parle et n'évite pas la souffrance. Il est vain de vouloir éviter la souffrance.
Angeline parle et me devance.
Elle a l'âge de mon troisième fils et elle me devance.
Angeline me devance parce que la vie s'en fout de l'âge et du temps.
Vivre ce qu'il y a à vivre - peu importe le temps ou le moment. VIVRE.

Angeline m'ouvre une porte, une vraie, parce qu'Angeline n'ouvre aucune porte à qui que ce soit, sauf à elle-même.

J'ai lu, beaucoup lu, j'ai souvent été touchée, les mots venaient dire ce que je ne pouvais dire. Quelque chose se vivait par procuration.
A lire Angeline, c'est devenu insupportable cette situation.
A lire Angeline, c'est la jalousie qui l'emporte.
Elle est insupportable cette liberté qu'elle s'offre dans sa parole.
Elle est insupportable, si moi, je ne m'offre pas la même liberté pour moi-même.

Angeline ne s'adresse à personne.
Angeline parle, c'est tout.
Elle n'écrit pas pour ceci ou pour cela. Elle n'a aucun but.
Elle écrit.
Elle n'est ni un étendard, ni un porte-parole.
C'est pour cela que sa parole est féconde.
Elle n'est pas un porte-parole. Elle ne porte aucune parole, sauf la sienne.
C'est ça qui ouvre les portes.

L'écriture d'Angeline est un joyau rare.

Angeline, je lui dis merci. Un merci d'autant plus grand que je sais qu'elle s'en fout de mes remerciements.

Alix

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22 juillet 2005

Une autre attente

Les vrais regards d'amour
sont ceux qui nous espèrent,
quelle que soit la profondeur des boulversements
qu'ils sont les seuls à oser.

Paul Baudiquey

La mort rôde.
Je la sens de plus en plus présente.
J'ai même une image : elle accouche seule d'un enfant mort.
Image symbolique.
Je fais confiance à mon intuition.

La mort rôde.
Alors, aller au-delà des apparences ;
aller au-delà de ce qui semble s'imposer ;
aller au-delà de l'image qui s'intercale entre la vie et moi.

Aucun chemin n'est tracé ;
aucune méthode n'est écrite ;
aucune stratégie n'en viendra à bout.

J'entends le mutisme.
Je vois des murs épais et percois l'immense solitude. "C'est moi seule qui vais accoucher. Moi toute seule"

La mort rôde.
Je me retire.
J'entre en silence.
J'entre dans l'attente.
J'espère la vie. J'appelle la vie.
La mort rôde. La vie est seulement cachée.
Je reste en éveil. Disponible.

L'édifice commence à craqueler.
Elle entre dans le désespoir et pleure.
Dans l'urgence du desespoir, son homme me téléphone.

Etincelle de vie.
Il a cheminé. Je crois qu'il a compris.
Il y a quinze jours, il était fermé, distant, figé dans ses peurs et son savoir, absent de son projet à elle.
J'ai invité sa présence, avec ses peurs.
Je l'ai invité à lire. Il a été touché.
Il fait route avec elle maintenant.

Et elle, où en est-elle ?
Du fond de sa solitude, va-t-elle l'accueillir ?
Il faut que je l'appelle.

Alix

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21 juillet 2005

Ni la vie, ni la mort

page blanche
ici
comme dans ma vie
sensation de vide
tout est décoloré et sans saveur
espace immobile sans souffle
instant sans demain
desespérance
attente vide
imperceptible mouvement d'une attente qui n'attend rien
la beauté s'est enfuie
la laideur aussi
ces mains qui aiment façonner sont inutiles aujourd'hui
la marche s'est arrêtée dans un lieu qui n'existe pas
ni repos, ni fatigue, seule l'indifférence
l'élan s'est dissous dans les brumes
ni la vie, ni la mort, l'absence
plus de dire, plus de faire, le silence

Alix

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