Initiale

Une femme, une terre, un souffle...

23 août 2006

Le cri

Les myosotis ne sont plus.
La saison est passée.
Pourtant, ce matin, sur le chemin, j'en ai découvert deux.
Égarés hors saison.
Comme nos amours ?
Fascinée j'ai contemplé leur présence.
Fleurs minuscules et si présentes.
Sur le chemin, à l'aube, j'ai vu les éclats du soleil sur l'herbe verte.
Ce matin, j'ai marché.
Comme tous les matins désormais.
Chaque pas est un voyage.
Marcher pas à pas.
Là. Au présent. Habiter le pas.
Seulement habiter le pas.
Et se laisser habiter par lui.
Seule.
Et dans l'espace rassurant du pas, retrouver le cri.

Il y a le cri.
Et l'absence qui lui répond.
Et la désolation d'alors.

Il y a la lande aussi.
La lande de bruyère et d'ajonc.
La lande de désolation.
Où j'ai posé mon pas.
Où je suis allée me blottir.
Pour recueillir le cri.
Pour le retourner.

Le cri m'appelle désormais.

Posté par Alixb à 19:48 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


21 août 2006

Alors, le soleil s'est levé

Notre Mère et Père qui êtes partout,
[...]
Gardez nous dans votre Élan.
Joyeux, aimants, inventifs :
Pour donner du pain à ceux qui ont faim
Et donner vraiment faim à ceux qui ont du pain
Claude Testard

J'ai douté. J'ai pensé qu'il était bien trop tôt pour partir. J'ai pourtant obéi à son appel sans lui faire part de mon agacement. Et dans la nuit, j'ai roulé vers elle. Retraversant en voiture les landes que j'avais foulé la veille.
Ces landes oubliées des hommes.
Ces landes, comme un désert abrupt ou siffle le silence du vent.
Ces landes aux pierres bleu-noir.

Ces landes de bruyères et d'ajoncs qui disent si bien ma désolation et mon chagrin.
Qui disent si bien ma tristesse et ma nostalgie.
Oui, ma nostalgie. Ce regret du pays natal. Du lieu d'origine. De ce que j'aurais voulu qu'il soit et qu'il n'est pas.
Dans la nuit, dans ma nuit, j'ai retraversé les landes de bruyères et d'ajoncs.
Et je suis arrivée dépouillée de mon agacement et de mes certitudes.
Je suis arrivée pour être là auprès d'elle. Puisqu'elle m'appelait.
Je suis arrivée et il y a eu cette étonnante accélération. Une accélération paisible, sereine. Presque sans douleur.
Et dans la pénombre de la maison, seulement éclairée de quelques bougies, la petite fille est née.
Alors, le soleil s'est levé.

Émerveillement.

Émerveillement d'autant plus fort que j'avais douté. Oui, les femmes "savent" mieux que quiconque ce dont elles ont besoin pour mettre au monde. J'ai juste à écouter, entendre, accompagner et puis ..... m'émerveiller ! J'ai juste à faire confiance.

Ce matin, à l'aube, une petite fille est née.
En plein midi, j'ai retraversé la bruyère et l'ajonc.
Au fond de ma poche, une pierre bleue.

Posté par Alixb à 23:20 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 août 2006

Une femme, une terre, un souffle...

Ici, j'avais sous-titré "Chemins d'errance..."
Le sol se dérobait alors sous mes pieds.
L'avenir n'existait plus.
Le présent se dissolvait dans l'hémorragie.
Le passé, habillé de tous ses démons, ressurgissait.
"Chemins d'errance..."
Je n'oublie pas. Les égarements, le chaos trop souvent traversé, les divagations et les impasses.
Je n'oubie pas les colères, les chagrins et l'amertume.
"Chemins d'errance..."
Fuir, partir, vouloir s'extraire de l'innommable et tant de fois s'éveiller hagarde, perdue, vaincue.

Il a fallu traverser.
Aller jusqu'au bout du chemin.
Rester.
User une à une les illusions.
Rester.
Danser avec les démons jusqu'à en perdre la voix.
Rester.
Perdre la voix jusqu'à retrouver le cri.
Et dans le cri, enfin, rompre.

Et maintenant, rester au lieu de rupture.
Vouloir la solitude. Et la vivre. Et l'éprouver. Lui faire face, enfin.
Rester au lieu de rupture et éprouver le vide. Jusqu'à dissoudre l'angoisse.

"Une femme, une terre, un souffle..."

Rien n'a changé de la précarité, des blessures infligées, des incertitudes, de la fragilité.
Rien n'a changé.
Cependant, la terre je la sens à nouveau sous mes pas.
La terre. Ma terre. Celle qui m'a reçu il y a bientôt 30 ans. Celle avec qui je fais corps quand je jardine, quand je marche, quand je danse.
Ma terre, où la culture n'est pas seulement au jardin, mais dans les chants, les danses, le parler. Elle m'a donné des racines et m'a permis tous les voyages. Toutes les errances et tous les retours.
La terre. Ma terre. Immuable et changeante. Faisant fi de toutes les vanités. Elle m'apprend l'éternité. Et dans sa pesanteur me souffle la légèreté.

Posté par Alixb à 18:05 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 août 2006

Retour

Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel
[...]
Un temps pour déchirer
et un temps pour coudre ;
un temps pour se taire,
et un temps pour parler.
Qohelet

Retour à l'Initiale.
Au point d'origine.
A la source.
Quelque chose a changé pourtant.
Il y a eu ce long silence.
Après le souffle, le cri ; il a fallu le temps de l'inspir.
Un temps où la parole s'élabore en secret mais ne s'énonce pas.
Un temps où la parole est contenue.
Contenue jusqu'à l'extrême, jusqu'à la paralysie de l'apnée.
Retour à l'Initiale.
A l'origine.
Quelque chose a changé pourtant.
Il a fallu traverser.
Traverser jusqu'à l'épuisement.
Abandonner toute volonté.
Abandonner les illusions.
Même là, à l'Initiale.
Surtout là.
Ne plus s'imaginer une quelconque volonté originelle de vivre. Personnelle ou divine.
N'être plus qu'une chair qui palpite sans raison.
Il a fallu aller plus loin encore.
Éprouver l'abandon premier.
Éprouver la solitude originelle.
Éprouver l'amour absent.
Et pleurer.
Et sangloter.
Il a fallu aller plus loin encore.
Au noir.
On n'en revient pas.
On n'en revient jamais.
Quelque chose continue pourtant.
Un nouveau souffle.
Et la parole, à nouveau, s'énonce.
Un nouveau souffle.
Dans le murmure, le chant, ou dans le cri.

Quelque chose a changé.
Les mains ne veulent plus rien agripper.
Les mains se sont ouvertes.

Posté par Alixb à 23:13 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1