20 août 2006
Une femme, une terre, un souffle...
Ici, j'avais sous-titré "Chemins d'errance..."
Le sol se dérobait alors sous mes pieds.
L'avenir n'existait plus.
Le présent se dissolvait dans l'hémorragie.
Le passé, habillé de tous ses démons, ressurgissait.
"Chemins d'errance..."
Je n'oublie pas. Les égarements, le chaos trop souvent traversé, les divagations et les impasses.
Je n'oubie pas les colères, les chagrins et l'amertume.
"Chemins d'errance..."
Fuir, partir, vouloir s'extraire de l'innommable et tant de fois s'éveiller hagarde, perdue, vaincue.
Il a fallu traverser.
Aller jusqu'au bout du chemin.
Rester.
User une à une les illusions.
Rester.
Danser avec les démons jusqu'à en perdre la voix.
Rester.
Perdre la voix jusqu'à retrouver le cri.
Et dans le cri, enfin, rompre.
Et maintenant, rester au lieu de rupture.
Vouloir la solitude. Et la vivre. Et l'éprouver. Lui faire face, enfin.
Rester au lieu de rupture et éprouver le vide. Jusqu'à dissoudre l'angoisse.
"Une femme, une terre, un souffle..."
Rien n'a changé de la précarité, des blessures infligées, des incertitudes, de la fragilité.
Rien n'a changé.
Cependant, la terre je la sens à nouveau sous mes pas.
La terre. Ma terre. Celle qui m'a reçu il y a bientôt 30 ans. Celle avec qui je fais corps quand je jardine, quand je marche, quand je danse.
Ma terre, où la culture n'est pas seulement au jardin, mais dans les chants, les danses, le parler. Elle m'a donné des racines et m'a permis tous les voyages. Toutes les errances et tous les retours.
La terre. Ma terre. Immuable et changeante. Faisant fi de toutes les vanités. Elle m'apprend l'éternité. Et dans sa pesanteur me souffle la légèreté.
17 août 2006
Retour
Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel
[...]
Un temps pour déchirer
et un temps pour coudre ;
un temps pour se taire,
et un temps pour parler.
Qohelet
Retour à l'Initiale.
Au point d'origine.
A la source.
Quelque chose a changé pourtant.
Il y a eu ce long silence.
Après le souffle, le cri ; il a fallu le temps de l'inspir.
Un temps où la parole s'élabore en secret mais ne s'énonce pas.
Un temps où la parole est contenue.
Contenue jusqu'à l'extrême, jusqu'à la paralysie de l'apnée.
Retour à l'Initiale.
A l'origine.
Quelque chose a changé pourtant.
Il a fallu traverser.
Traverser jusqu'à l'épuisement.
Abandonner toute volonté.
Abandonner les illusions.
Même là, à l'Initiale.
Surtout là.
Ne plus s'imaginer une quelconque volonté originelle de vivre. Personnelle ou divine.
N'être plus qu'une chair qui palpite sans raison.
Il a fallu aller plus loin encore.
Éprouver l'abandon premier.
Éprouver la solitude originelle.
Éprouver l'amour absent.
Et pleurer.
Et sangloter.
Il a fallu aller plus loin encore.
Au noir.
On n'en revient pas.
On n'en revient jamais.
Quelque chose continue pourtant.
Un nouveau souffle.
Et la parole, à nouveau, s'énonce.
Un nouveau souffle.
Dans le murmure, le chant, ou dans le cri.
Quelque chose a changé.
Les mains ne veulent plus rien agripper.
Les mains se sont ouvertes.
26 janvier 2006
Va te faire foutre !
Je ne suis jamais à l'aise avec ma hargne. Elle me fait du mal. Et je ne connais qu'une façon de m'en libérer : l'exprimer. Elle s'impose alors et je dois faire face douloureusement. Mais si, dans une vaine fuite, je l'enfouis ; elle vient ravager mon âme et mon corps et ne me lâche pas tant que je ne l'ai pas crachée.
C'est un autre texte que je voulais publier, mais voilà, ce n'est plus possible.
Il y a un oeil ici. Un oeil qui scrute par le petit trou en forme d'ogive. Un oeil voyeur qui ne se mouille pas. Qui ne s'est jamais mouillé sauf de son propre sperme. Il est vrai que le trou je l'ai offert. Cette ouverture à mon intime. Là où c'est tumultueux, chaotique, là où on peut se perdre puisque je m'y perds moi aussi, là où c'est chaud et où j'ai envie d'être aimée, là où c'est humide et fécond, là où c'est mouillé de toutes les larmes trop souvent versées. C'est un drôle d'oeil, on pourrait le croire raccroché à rien ni à personne, puisqu'il ne fait que scruter. Sauf que celui à qui il appartient sait émettre juste ce qu'il faut de signaux pour faire soupçonner sa présence. Eh oui, ils sont comme ça les voyeurs, ils aiment qu'on sache qu'ils regardent. Et ils espèrent secrètement...quoi ?...que ça nous épouvante ?...que ça nous fasse jouir ? En quelque sorte, ils nous disent : "je scrute, mais je ne prends pas le risque d'entrer, je ne prends pas le risque de la relation. Je scrute, mais je ne pénètre pas et je m'en branle de ton intime. Et sans prendre le risque de la relation, je m'arrange quand même pour que tu le saches, que je m'en branle."
Je ne peux pas me voiler la face, j'ai longtemps, trop longtemps toléré cette situation.
Et lorsque je reviens à l'initiale de ce blog, je comprends. "Initiale d'où a jailli ma décision de vivre malgré la volonté de ma mère de m'anéantir." Ce leitmotiv de ma vie qui s'impose constamment. Qui m'oblige à me battre pour exister, puisque j'ai décidé de vivre contre la volonté d'un autre de m'anéantir. Alors, je trouve toujours l'autre qui me dit " je m'en branle".
Aujourd'hui, bas les armes.
Aujourd'hui, la bataille est perdue à tout jamais.
Alors, toi qui scrute va te faire foutre ailleurs.
Et à vous tous qui avez su me lire si chaleureusement et entretenir avec moi une relation réconfortante : MERCI !
Ainsi se termine ce blog.
Aujourd'hui, je veux vivre, simplement vivre.
Alix
12 janvier 2006
Aurore
Je l'ai dit. Je l'ai écrit.
Je suis face à ma parole et je voudrais l'effacer.
"Je vais te faire souffrir autant que j'ai souffert." Je l'ai crié comme une incantation.
"Je n'ai jamais cherché à mettre ma menace à exécution. Et pour être tout à fait honnête moins par bonté que par manque d'intérêt pour la chose, par manque de force et d'opiniatreté." Je l'ai dit en un matin endolori, après une longue veillée de larmes.
Je ne suis pas à l'aise avec cette vérité de moi-même.
L'enfer, je sais.
Le corps et l'âme déchirés.
La brulûre vive et interminable qui étreint, pétrit, broie, décompose.
La lame aiguë de la douleur qui vient lacérer les chairs.
L'infini du temps dans la stridence de l'atroce.
Et la solitude. La noire solitude.
Rien, ni personne ne peut être là.
Même la mort ne peut en finir avec ça.
L'accalmie n'est que le prémice d'un autre gouffre.
Alors la rage. L'envie d'agripper l'autre pour l'entraîner dans les bas-fonds de la violence infligée.
Se battre. Se battre pour en sortir. Se battre depuis toujours.
Moi, la battue d'avance, me battre et encore me battre.
Jusqu'à l'épuisement.
Et l'appeler cet épuisement.
Pour qu'enfin ça cesse. Et l'enfer. Et toutes ces forces déployées inutiles et vaines.
Appeler l'épuisement et s'y effondrer.
Dans la dépression.
Dans l'hémorragie.
Et dans l'effondrement, laisser venir ce qui doit advenir.
Et maintenant, assise au seuil, perdre à tout jamais la bataille.
Tarir les blessures.
Ne rien oublier, mais permettre l'apaisement. Consentir enfin à vivre.
Puis me lever.
M'avancer nue.
Nue et debout.
Venir poser mes joues au creux de tes mains ouvertes.
Et trouver enfin le repos.
Dans l'aurore d'un jour naissant, m'offrir à toi dans l'extrême de ma fragilité.
Confiante.
Alix
06 janvier 2006
Vers le plus simple
4 ans de mariage se condensent là.
C'était en 2001. Nous venions de nous marier.
J'ai attrapé la bouteille de rhum et j'ai bu au goulot.
Pour noyer le mensonge et la trahison.
Pour dormir, m'abrutir, m'assommer, me diluer.
L'ivresse est venue très vite.
Alors, j'ai hurlé : je vais te faire souffrir autant que j'ai souffert. Comme une litanie interminable.
Je n'ai jamais cherché à mettre ma menace à exécution. Et pour être tout à fait honnête moins par bonté que par manque d'intérêt pour la chose, par manque de force et d'opiniatreté.
Je regarde les cartons entassés ici. Je pars à Paul tout à l'heure.
Je ne peux que constater la lourdeur et l'encombrement de mes bagages.
Et l'envie me vient de m'alléger pour pouvoir déguerpir et me sauver plus facilement, plus rapidement.
Aller vers le plus simple et ne plus supporter l'insupportable.
Alix
05 janvier 2006
L'élan vers demain...
Après-demain, je déménage.
Je quitte cet appartement bruyant et sans âme pour aller habiter une maison au centre d'un petit village sympa.
Aujourd'hui, je remplis les cartons ici.
Et demain, je pars à Paul rassembler mes dernières affaires restées encore là-bas.
Je déménage et je me sens lourde, sans allant.
Tous ces cartons à remplir, tous ces meubles à bouger alors que je vais vers nulle part. Le désir de vivre est si ténu...
Demain, je retourne à Paul. Dans la lourdeur de Paul. Chaque retour est un peu plus accablant. Chaque départ un peu plus terni de grisaille. Je voudrais que demain soit le dernier départ. Je voudrais avoir demain la force de rassembler toutes mes affaires. Pour ne rien laisser derrière moi. Je voudrais cette force et elle me manque.
L'élan vers demain s'est absenté.
Alix
02 janvier 2006
Incipit
...ou le pain pour la route...
J'ai pensé à eux en nommant mon blog. A Claire et à Maurice Bellet. A cette parole qui m'a été offerte et qui venait me rejoindre au plus profond. Peu avant que je sombre dans la dépression, Claire m'a remis ce petit livre de Bellet entre les mains en me disant "tiens ! commence par le commencement !" - "Incipit ou le commencement". J'ai lu. Et puis relu. Dans le glissement inexorable vers le gouffre, j'ai lu et relu. Je n'avais plus la force de m'accrocher à quoi que ce soit. C'est cette parole qui me tenait. Cette parole qui est mienne et qui dit si bien l'Initiale.
"...tout, et le divin même dont les hommes ont rêvé, se concentre en ceci : que nous soyons cette primordiale tendresse les uns pour les autres..."
"C'est en l'homme. C'est en l'entier de l'homme. Pas seulement l'esprit, mais le corps. Pas le corps séparé, mais la chair comme présence, parole, esprit. C'est en tout ce qui habite l'homme, y compris l'obscur et l'en-bas, repris, transfiguré, transmué."
"C'est en cet homme qui peux porter cet amour jusqu'au bout, traverser et soulever l'épaisseur humaine, traverser sans dévier la ténèbre meurtrière."
"Ce qui s'annonce est la vie heureuse : l'éveil, le soin, le partage - et pour tous, quitter la voie de tristesse et cruauté, passer sur le chemin de joie et de grâce. C'est la douce splendeur de l'amour, la paix, la réconciliation, la fin de la faute, l'harmonie des puissances - la genèse retrouvée ! Rien de faible ou de mou, comme l'imaginent les violents, dans leur faiblesse fondamentale. Au contraire, la plus grande force, l'inouï, le bond par-delà ce monde tel qu'il est vers une humanité enfin en plénitude.
Tout commence et ne cesse de commencer dans cette joie. Tout ce qui pourra venir ensuite - dans les épreuves et les douleurs - ne doit pas rayer ou faire oublier cette aurore. Elle est, si elle est, l'inentamable en l'homme, par dessous toute misère, la source qui ne cesse de sourdre sous les pierres et la boue, la cendre et les déjections."
"Il nous faut sans cesse retraverser le commencement, dont la présence est en ce que nous sommes, effectivement, les uns aux autres.
Le chemin que je dis ne rêve pas. Celui qui s'y avance va faire lever, autour de lui, toutes les puissances de meurtre, toute la tristesse du monde. Rien à voir avec la mièvrerie utopique.
Il va traverser. C'est-à-dire : meurtri, écrasé, ne pas dévier, ne pas se laisser contaminer et captiver par l'esprit de destruction ; jusqu'au bout : parler, soigner, donner, aimer - rien n'est abandonné, nul n'est abandonné.
Au bout, le silence. [...] ce qui naît là, passant la nuit d'origine, ce qui se répète, par-delà, l'aurore aimante de l'humanité, c'est le vrai commencement de l'homme, le point sans appui paraissant, fulgurant, au coeur du trouble et des détresses."
Maurice Bellet
Alix
01 janvier 2006
Rêve d'océan
Mon amour, cette nuit j'ai fait un rêve d'océan.
Je me suis trempée avec délice dans les eaux primordiales et nourricières. Je me suis laissée bercer par les vagues. Je me suis baignée dans les eaux paisibles de notre rencontre. Alors, le tumulte de mes propres eaux s'est aplani. Seule, est restée la lumière de ma source.
Mon amour, cette nuit j'ai fait un rêve paisible, si paisible.
Mais sais-tu mon amour, qu'à la croisée de nos infinis, un océan ne suffit pas ? Ni même un fleuve et une source.
Sais-tu qu'après le temps de l'effondrement, juste après, vient le temps de l'émergence ?
Sais-tu que dans l'infini de la rencontre, les eaux se rassemblent pour faire émerger les corps ? Nos chairs et nos sangs. Alors sous les constellations, tu allumeras le feu. Et moi, je soufflerai sur les braises, sur chaque brandon. Alors même les cendres reprendront vie. Alors, nos chairs enflammées retrouveront l'ivresse des temps nouveaux.
Mon amour, ces temps sont comme une promesse vers laquelle nous marcherons. Nous marcherons, mon amour. Sur la terre ferme, nous marcherons d'un pas lent. Tu porteras la lampe et j'ouvrirai les portes que tu croyais à jamais fermées.
Un à un, j'effeuillerai les pétales de ta nostalgie. Inlassablement, je ranimerai la flamme pour qu'aux feux de l'étenité s'attise notre espérance.
Je soufflerai à ton oreille les prémices d'un rêve que ta mémoire n'a pas oublié, et ton ventre entendra. Alors ton corps s'illuminera de grâce et de virilité. Alors ton sang s'enflammera. Alors ta puissance déferlera.
Et toujours l'océan s'offrira à nos immensités, se souvenant et du fleuve et de la source.
Cette nuit, j'ai fait un rêve d'océan. C'était un rêve, mon amour. Comme une promesse. Là, juste devant moi s'étendent encore des temps de solitude.
Attends-moi.
Alix
31 décembre 2005
Naissances
Silence.
Pénombre.
Deux flammes de bougies. Et un bâton d'encens.
J'aime à penser que les autres, ce soir, se sont réunis entre eux et font la fête ensemble. Cela m'offre un large halo de paisible solitude.
Je me laisse tranquillement envahir par le silence.
Tout mon corps revêtu, habité de la blancheur du silence.
Le temps passe.
Le temps ralentit. Et presque s'arrête.
Je t'attends en silence.
Je sens ta présence. Tout près, à fleur de peau.
Je t'ai attendu.
Je t'ai attendu au bout de toutes les nuits de mon enfance.
Je t'ai su bien avant l'enfance.
Et tu es là, maintenant.
Silence.
Pureté.
Pureté de nos âmes qui s'appellent dans le silence.
Et je t'imagine, là, face à moi.
Toi, que j'appelle.
Il n'y a plus de temps.
Il n'y a plus que nous deux et le silence.
Il n'y a plus d'espace.
Que cette terre où nous nous trouvons.
Que ces étoiles qui constellent notre ciel.
Il n'y a plus que nous et la blancheur du silence.
Et l'éternité de nos âmes qui s'appellent et se rejoignent.
Là, tous les deux dans la transparence des commencements.
Et je vacille quand je t'imagine.
Toi, l'homme que j'espère et que j'appelle.
Parce qu'il faut bien que tu sois de chair.
Que nos peaux se touchent.
Que nos mains nous rendent à notre vérité première.
Que nos souffles se mêlent et réinventent la vie.
Que nos corps réinventent le temps.
Alors, peu importent les errances, peu importent les égarements.
Peu importent les blessures et la douleur.
Tout s'efface dans le silence de nos corps qui s'espèrent et se frôlent.
Tout s'efface dans le chant de nos corps qui se joignent.
Éblouissement de l'inouï.
Naissances.
Alix
30 décembre 2005
Toutes les espérances
C'est maintenant le temps du repos.
Assise sur le seuil, les yeux fermés.
Le temps était à la neige ces jours-ci. En moi, est un doux soleil qui me réchauffe.
C'est le temps de l'apaisement.
Je franchirai le seuil debout au grand soleil.
Mais aujourd'hui, c'est le temps de l'immobile et du voyage au dedans.
Tant de chemin, tant d'errances et d'égarements. Tant de violence et de blessures.
Tant d'amertume à enfin dissoudre.
Tant de germes aussi. Tant d'espèrance.
Et ce joyau à l'état pur, à l'Initiale.
Être au temps du repos, sur le seuil.
Remonter jusque dans la nuit des temps, et glaner chaque germe, recueillir chaque trésor. Pour nourrir toutes les espèrances.
Remonter dans la nuit des temps, jusqu'à l'Initiale.
Être au seuil, si paisible, au coeur de l'Initiale. Et la propulser loin devant, au bout de toutes les espèrances.
Alix